De l’aquaculture dans les étangs d’irrigation agricoles

Règle générale, les fermes de cultures végétales possèdent de grands étangs pour l’irrigation des cultures. Mais est-ce que ces étangs pourraient avoir une seconde utilité, celle d’élever des poissons?

Une coutume bien établie ailleurs dans le monde

C’est déjà la coutume dans plusieurs pays d’Asie et d’Afrique, où les ressources en eau sont limitées (1-3). Ce type d’aquaculture est dit « intégré » car l’eau des poissons est aussi utilisée pour une autre activité : l’irrigation des cultures. Par exemple, dans les rizières en Asie, des animaux aquatiques de toutes sortes (carpes, gouramies, tilapia, mulets, gobies, anguilles, poissons chats, crevettes, crabes, bivalves, tortues, grenouilles et insectes) sont élevés afin de fournir aussi des aliments protéinés. Ce système intégré était la norme il y a 700 ans, lorsque les rizières sont passées des forêts défrichées aux terres inondées, car les organismes aquatiques s’y trouvaient naturellement. Dans certaines régions, les producteurs en profitaient même pour introduire de jeunes carpes avant l’implantation de nouvelles rizières pour les laisser fertiliser les futurs champs durant une ou deux années et manger les mauvaises herbes avant de les pêcher et de planter le riz (3).

 

L’aquaculture ne doit pas obligatoirement se faire à même une culture immergée comme le riz. Elle peut aussi prendre place dans des lacs ou des étangs d’irrigation qui répondent aux besoins des poissons.

Répondre aux besoins des poissons

Pour bien se développer, les poissons ont besoin d’une nourriture formulée selon leurs besoins nutritionnels, d’un niveau d’eau suffisant selon l’espèce choisie et leur stade, d’un taux d’oxygène dissous suffisant et d’une température adaptée à l’espèce choisie (2). Les niveaux de ces différents facteurs dans les étangs d’irrigation doivent donc servir à déterminer l’espèce de poissons à utiliser, ou doivent être modifiés.

La moulée pour poissons peut être achetée déjà formulée selon l’espèce de poisson et ses besoins nutritionnels, ce qui ne cause donc pas problème. De plus, normalement, les étangs d’irrigation sont déjà aérés par un diffuseur afin d’améliorer la qualité sanitaire de l’eau en réduisant les colonies d’E. coli. L’aération permet de limiter le développement des colonies d’algues, et de prévenir la solubilisation du Fer qui pourrait détériorer le matériel servant à l’irrigation (5-6). Le taux d’oxygène dissous ne devrait donc pas être un problème non plus. La température de l’eau ainsi que sa hauteur ou sa fluctuation durant l’année sont de leur côté difficilement ajustables, elles doivent donc être des critères importants pour le choix de l’espèce de poisson à élever.

Les avantages pour les agriculteurs

En plus d’obtenir de belles récoltes de plantes et de poissons, les producteurs peuvent profiter de la fertilisation naturelle fournie par les déjections des poissons pour fertiliser leurs cultures. Ils doivent analyser l’eau régulièrement pour ajuster la fertilisation afin qu’elle réponde aux besoins en éléments nutritifs des cultures en place. Heureusement, c’est déjà ce que font de nombreux producteurs puisque le pH et la teneur en éléments nutritifs de l’eau de leurs lacs et étangs d’irrigation varie naturellement durant l’année.

Les limites de ce système intégré

Sur le plan agricole, il faut tenir compte des intrants utilisés pour les cultures végétales, comme les pesticides et les fertilisants, car ils risquent de se retrouver dans les étangs et canaux d’irrigation en raison du drainage. Des pesticides nuisibles aux animaux aquatiques pourraient donc se retrouver dans les poissons, ou des métaux lourds et d’autres substances toxiques pourraient s’y accumuler.

Sur le plan environnemental, les risques que des poissons s’échappent sont réels, ce qui peut causer de graves problèmes aux écosystèmes aquatiques naturels. Plusieurs poissons d’élevage sont carnivores ou potentiellement envahissants, il faut donc éviter à tout prix qu’ils puissent s’échapper et dérèglent les écosystèmes naturels. De plus, les excréments de poissons qui sont riches en éléments nutritifs peuvent entraîner l’eutrophisation, un changement de la forme du phosphore et la prolifération d’algues dans les lacs s’ils ne sont pas filtrés. Ce problème peut-être évité par un suivi rigoureux de la qualité de l’eau et par la mise en place de marais filtrants et autres dispositifs servant à réduire la teneur en éléments nutritifs (principalement le phosphore) de l’eau à la sortie de l’élevage de poissons (4).

Références

(1) Petr, P. 2003. Fish stocks and fisheries in irrigation systems in arid Asia. FAO Fisheries Technical Paper no 450.  Rome. 150 p. http://www.fao.org/docrep/007/y5082e/y5082e04.htm#bm04.2

(2) Redding, T.A., Midlen, A.B. 1990. Fish production in irrigation canals A review. FAO Fisheries Technical Paper no 317. Rome. 111 p. http://www.fao.org/docrep/003/t0401e/T0401E03.htm

(3) Halwart, M., Gupta, V.M. 2004.  Culture of fish in rice fields. FAO and The WorldFish Center, 83 p.

(4) Côté, C. et al. 2009. L’aération des étangs pour assainir l’eau d’irrigation. Rapport de Recherche IRDA, 2 pp.

(5) Jia, B. et al. 2015. Impact of fish farming on phosphorus in reservoir sediments. Scientific Reports 5:16617.

(6) Dutartre, A. 2002. Panorama des modes de gestion des plantes aquatiques :
nuisances, usages, techniques et risques induits.  Ingénieries – E A T, IRSTEA édition 2002, p. 29 – 42.

Crédit photo à la une www.winecountry.com

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s