Polyculture ou monoculture?

En cette période de semis et transplantation, il est encore temps de changer son plan de jardin ou de ferme pour passer de la monoculture à la polyculture. C’est valable de l’échelle domestique à l’échelle industrielle.

Qu’elle est la différence entre la monoculture et la polyculture?

La diversité des espèces de plantes.

Monoculture

Edmund_Garman_flickr_monoculture
Monoculture (Crédit photo @ Edmund Garman Flickr)

La monoculture est bien répandue en Occident. Il s’agit de cultiver peu d’espèces végétales, et de regrouper les membres d’une même espèce végétale pour faciliter les travaux, les manipulations, les dépistages et les traitements. On peut ainsi mieux cibler et combattre un insecte et une maladie, faciliter la plantation et les récoltes, et on peut se permettre de devenir de très fins connaisseurs de la culture d’une ou deux espèces végétales seulement. C’est le modèle de la majorité des fermes conventionnelles.

Polyculture

À l’opposé, la polyculture consiste à cultiver une grande diversité de plantes sur un site. On doit posséder de meilleures connaissances pour y arriver, et une capacité d’adaptation à toute épreuve, mais elle peut être très avantageuse. Elle permet de réduire les risques de perte de cultures, car même si un insecte ravageur, une maladie ou un événement climatique s’abat sur une espèce végétale en particulier (ex : le maïs), de nombreuses autres cultures vont compenser les pertes (ex: les tomates, les oignons, l’ail et les laitues). En polyculture, on peut aussi éloigner volontairement les plantes d’une même espèce ou d’un même genre lors de l’implantation, et implanter d’autres espèces végétales entre elles, afin d’éviter que les insectes ravageurs ou les maladies ne se propagent trop facilement chez tous nos plants d’une même espèce.  Les autres espèces agissent donc comme une barrière ou une zone tampon contre les insectes ravageurs, champignons et maladies. La présence d’autres espèces végétales permet aussi aux insectes prédateurs de s’abriter, et de pouvoir se nourrir des insectes ravageurs d’une culture avoisinante. La polyculture et le poly-élevage occupent une place très importante en permaculture. Pour en savoir plus sur le sujet, consultez le Permaculture Research institute.

Repousser les limites de la polyculture : la biodiversité

En plus de la polyculture, on peut aussi cultiver des variétés et des espèces de plantes différentes des plantes cultivées populaires. Par exemple, on pourrait décider de cultiver un concombre ou une pomme de terre sauvage de sa région, qui est visuellement et gustativement différent du concombre anglais, du cornichon ou de la pomme de terre traditionnelle, mais qui est déjà très bien adapté à la région.  En fait, la majorité des plantes cultivées possèdent leur parent sauvage qui a été utilisé pour faire des croisements et arriver aux plantes cultivées d’aujourd’hui. Il existe donc de très nombreux parents sauvages dans la nature, qu’on pourrait recommencer à cultiver. Ils ne proviennent par contre pas tous des mêmes régions. Il faut s’informer au sujet des parents sauvage qu’on retrouve dans sa région. Ces parents sauvages sont donc déjà adaptés au climat, et résistants aux maladies et aux insectes de la région.  Par exemple, l’oignon sauvage, la carotte sauvage, la pomme de terre sauvage et bien d’autres pourraient être réincorporées aux potagers et aux fermes d’aujourd’hui (2-3).

La sélection artificielle qui a été faite au fil des années pour sélectionner les meilleurs caractères chez les parents sauvages pour en faire des super-plantes est un problème sur le plan génétique. On a voulu faire pousser des plantes au goût meilleur, plus performantes, plus faciles à entretenir et résistantes aux maladies et aux insectes. Par contre, en éliminant les gênes qui semblaient moins performantes et bien d’autres, on a du même coup diminué la diversité génétique et donc la capacité d’adaptation de ces plantes. Une maladie ou un insecte pourrait éliminer  une variété complète d’un aliment très apprécié. On peut penser au mildiou qui s’est attaqué à la pomme de terre en Irlande dans les années 1845-1847 et qui a causé une grande famine. Plus récemment, des pertes catastrophiques de maïs ont été causées par l’épidémie d’helminthosporiose dans les années 1970 aux États-Unis (2-3).

A l’heure actuelle, 200 espèces seulement sont cultivées pour nourrir toute la planète. Plus frappant encore, 8 espèces végétales (orge, haricots, arachides, maïs, riz, blé et sorgho) fournissent 53 % des calories consommées quotidiennement et cinq espèces animales (boeuf, moutons, chèvres, porc et poulet) fournissent 31 % des calories consommées quotidiennement. Les chances que certaines de ces espèces disparaissent en raison de maladies, d’insectes ravageurs, ou d’incidents climatiques sont grandes (4). C’est pourquoi il est important d’œuvrer pour la conservation de la diversité des plantes cultivées.

Pour terminer, pourquoi s’arrêter aux plantes agricoles, puisqu’on peut facilement ajouter des plantes indigènes de sa région sur sa propriété pour fournir un milieu de vie à la biodiversité. Pour se faire, vous pouvez suivre les indications d’espace pour la vie pour la création de jardins pour la biodiversité (5). Si votre possédez une forêt privée ou un terrain de plus grande dimension, vous pouvez vous inspirer plutôt des guides développés par la Fondation de la Faune et d’autre organismes du secteur forestier pour l’aménagement de milieux fauniques (6).

 

Références

(1) Roberts, T. 2017. Perennial polycultures and the richness of diversity. Permaculture Research Institute

(2) Raymond, R.D., et al. 2006. Les parents sauvages des plantes cultivéesBiodiversity International, 28 pp.

(3) Jarvis, D.I., Campilan, D.M. 2006. Crop genetic diversity to reduce pests and diseases on-farm. Biodiversity International, 116 pp.

(4) Food and Agriculture Organization. 2018. Sustainable agriculture for biodiversity, Bioiversity for sustainable agriculture. 48 pp.

(5) Espace pour la vie, Jardin pour la biodiversité

(6) Forêts privées, Comment faire des aménagements fauniques?

 

 

 

 

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