Alimentation de la mouche soldat noire (Hermetia illucens)

Suite à la parution de l’article intitulé Fiche d’élevage : mouche soldat noire, j’ai reçu plusieurs questions concernant l’alimentation de cet insecte. Voici donc un article pour vous en dire plus sur le sujet.

Tout d’abord, l’alimentation d’un élevage de mouches soldats noires doit répondre à l’objectif visé par la production de larves. Les objectifs les plus fréquents sont la nutrition animale, l’extraction d’huile ou la réduction des déchets de matières organiques. Chacun de ces objectifs peut être atteint selon différentes tactiques d’alimentation.

Nutrition animale

Si l’objectif de l’élevage est la nutrition animale, sachez que la cuticule (enveloppe externe) des larves très riches en chitine est souvent mal digérée par les animaux. Il faut donc viser à produire des larves de volume supérieur afin de réduire le ratio surface:volume pour diminuer le taux de chitine contenu dans la masse de larves produite. Plusieurs petites larves fourniront plus de chitine pour une même masse totale de larve que des grosses larves en quantité moins nombreuse. Dans cette optique, une diète riche en matières grasses produira des larves de calibre supérieur. Par contre, pour éviter d’entraver le déplacement des larves en rendant la diète trop glissante si elle est trop grasse, Barry (2004) suggère de viser un taux de matières grasses de 20 %, et un taux de protéines semblable.

Dans une étude comparant plusieurs diètes contenant différents pourcentages de matières grasses (fruits et légumes (2,2 %), déjections animales (25 %),  nourriture à volailles (4 %), résidus de poissons (14 %) et résidus de cuisine de restaurant (30 %)), les larves de plus gros calibre ont été produites grâce à la diète de cuisine de restaurant riche en matières grasses. Cette diète a aussi mené aux taux de survie les plus faibles (Arango Gutierrez et al. 2004). Il faut donc s’assurer de maintenir un bon équilibre dans la concentration de matières grasses de la diète.

Ensuite, il est bon de savoir que les diètes artificielles souvent utilisées en élevage expérimental, comme la diète Gainsville (Hogsette, 1992),  créée au départ pour les mouches domestiques, ou les diètes de nourritures pour volaille souvent utilisées en laboratoires, ne sont pas les diètes qui produisent les larves de plus gros calibres car leur ratio de lipides:protéines n’est pas équilibré. Selon Barry (2004), le critère de réussite principal est de fabriquer une diète dont le ratio lipides:protéines est équilibré.

Réduction de matières organiques

Si l’objectif de l’élevage est de réduire rapidement de grandes quantités de déchets de matières organiques, il faut faciliter au maximum la consommation des larves, leur survie et leurs déplacements.

La diète doit d’abord se situer à une température clémente pour les larves, soit entre 24 et 31 °C. Si la diète était préalablement congelée, elle doit donc être décongelée complètement avant d’être offerte aux larves. Elle doit ensuite être composée de petits morceaux plus faciles à consommer que les gros. Certains éleveurs réduisent même la diète en purée, mais il est important de ne pas la rendre trop lisse car cela entraverait le déplacement des larves (Barry, 2004).  Pour les mêmes raisons, la diète ne doit pas être trop dense ni trop compacte.

L’humidité relative de la diète doit se situer entre 40 et 70 % afin de favoriser la prise de poids des larves, mais ne doit pas être trop élevée car la mortalité des larves augmente avec l’humidité relative en raison d’une diminution de l’accès à l’oxygène (Fatchurochim, et al. 1989; Hogsette 1992; Myers et al. 2008; Diener et al. 2009; Nguyen et al. 2013). Le taux d’humidité optimal se situerait donc autour de 50 à 60 % (Fatchurochim et al. 1989; Barry 2004; Nguyen et al. 2013).

Les diètes menant au plus lent développement des larves sont les diètes de déjections animales. Ces diètes pré-digérées sont moins riches que les autres diètes alimentaires. Elles peuvent donc être enrichies d’autres matières organiques (ex : résidus de cuisine) pour répondre efficacement aux besoins des larves. La diète peut être analysée en laboratoire afin de s’assurer que le ratio protéines:lipides est équilibré, ou pour permettre d’y ajouter les éléments nécessaires pour l’équilibrer.

Une variable importante influençant le rythme de consommation de la diète par les larves est le rationnement de la diète. Les larves sont capables de consommer de 10 à 500 mg/larve/jour (Diener et al. 2011; Barry 2004). Par contre, la ration optimale à offrir aux larves chaque jour varie selon le type de diète. Si l’objectif est de consommer rapidement la diète de matières organiques, il vaut mieux offrir peu de nourriture chaque jour pour qu’elle soit consommée très efficacement, tandis que si on vise une augmentation rapide du volume des larves, il vaut mieux offrir une plus grande quantité de nourriture chaque jour (Barry 2004; Myers 2008; Diener et al. 2009).

Il est aussi intéressant de savoir que la manipulation excessive des larves peut affecter négativement leur croissance, diminution allant de 24 à 183 mg/larve (Nguyen et al. 2013).

Extraction d’huile

Si l’objectif de l’élevage est l’extraction d’huile, il est primordial d’opter pour une diète riche en matières grasses. Par exemple, les résidus de cuisine de restaurant, riches en matières grasses, seront favorisés au détriment d’une diète de fruits et légumes. Malheureusement, les taux de mortalité sont supérieurs dans les diètes riches en matières grasses. Par contre, il est possible d’ajouter un agent de charge aux diètes très grasses afin d’homogénéiser les diètes, et d’éviter la formation d’un dépôt graisseux en surface qui limiterait l’accès des larves à l’oxygène.

Une bonne caractérisation de départ des matières organiques disponibles pour former la diète des larves est donc une étape importante peu importe l’objectif visé par l’élevage de mouches soldats noires. On peut ensuite composer une diète bien adaptée selon l’objectif visé, et maintenir les proportions des différents aliments lors de la fabrication de la diète à chaque nouveau mélange.

Références

Arango Gutierrez, G.P., Vergara Ruiz, R.A., Velez, H.M. 2004. Analisis composicional, microbiològico y digestibilidad de la proteìna de la harina de larves de Hermetia illucens L. (DIPTERA:STRATIOMYIIDAE) en Angelòpolis-Antioquia, Colombia.  Revista Facultad Nacional de Agronomía, Medellín, 57(2), 2491-2500.

Diener, S., Zurbrügg, C., Tockner, K. 2009. Conversion of organic material by black soldier fly larvae: establishing optimal feeding rates. Waste Management & Research, 27: 603–610, DOI: 10.1177/0734242X09103838

Fatchurochim, S., Geden, C.J., Axtell, R.C. 1989. Filth fly (Diptera) oviposition and larval development in poultry manure of various moisture levels. Journal of entomological science, 24(2): 224-231.

Hogsette, J. 1992. New Diets for Production of House Flies and Stable Flies (Diptera: Muscidae) in the Laboratory. Publications from USDA-ARS / UNL Faculty. Paper 1005.

Myers, H.M., Tomberlin, J.K., Lambert, B.D., Kattes, D. 2008. Development of Black Soldier Fly (Diptera: Stratiomyidae) Larvae Fed Dairy Manure. Environmental Entomology, 37(1): 11-15.

Newton, L., Sheppard, C., Watson, D.W., Burtle, G., Dove,R. 2005. Using the black soldier fly, Hermetia illucens, as a value-added too for the management of swine manure. Report for Make Williams, Director of the animal and poultry waste management center, North Carolina State University, Raleigh, NC,17 pp.

Nguyen, T.T.X., Tomberlin, J.K., Vanlaerhoven, S. 2013. Influence of resources on Hermetia illucens (Diptera: Stratiomyidae) Larval Development. Journal of medical entomology, 50(4): 898-906. DOI: http://dx.doi.org/10.1603/ME12260

Nguyen 2015 Ability of Black Soldier Fly (Diptera: Stratiomyidae) Larvae to Recycle Food Waste. Environmental Entomology, 1–5. DOI: 10.1093/ee/nvv002

Tami Barry, M.A. 2004. Evaluation of the economic, social, and biological feasibility of bioconverting food wastes with the black soldier fly (Hermetia illucens). Doctor of Philosophy (Environmental Science), University of North Texas, August 2004, 176 pp.

Crédit photo : Johanes Sporer Flickr

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