Recycler soi-même les déchets organiques : le compostage!

Méthode par excellence pour le recyclage des déchets organiques, le compostage est simple, pratique et très bon pour le jardin, les champs agricoles, les plantes d’intérieur, et pour l’environnement.

Avantages et désavantages

Le compost comporte de nombreux avantages pour le sol :

1- Il permet d’améliorer la structure du sol grâce aux matières organiques qu’il contient;

2- Il permet d’améliorer la fertilité du sol grâce aux éléments nutritifs qu’il renferme;

3- Il permet de hausser l’activité biologique du sol grâce à la quantité incroyable d’organismes vivants qui se mettent à l’oeuvre pour dégrader les matières organiques grossières qu’il contient au départ;

4- Il permet aussi de nourrir les organismes vivants déjà présents dans le sol grâce à la grande quantité de carbone qu’il renferme (1).

Du côté des désavantages, celui qui revient le plus souvent concerne les mauvaises odeurs que le compost peut parfois dégager. Pourtant, seuls les composts déséquilibrés sentent mauvais. Aussitôt qu’on rétabli le taux d’humidité du compost à 45-60 % (et la concentration d’oxygène du même coup) ou son ratio carbone : azote (20-40 : 1), les mauvaises odeurs disparaissent. De plus, il existe des contenants à compost munis d’un filtre au charbon pour filtrer les odeurs, pour ceux qui désirent composter à l’intérieur de la maison. Un autre désavantage souvent mentionné est le dégoût des matières organiques en décomposition. Sur ce point, il existe toutes sortes de structures de compostage résidentiel qui permettent de ne pas avoir à retourner le compost à la main. Les barils rotatifs en sont un bon exemple. Une fois le compost mature, les matières ne sont plus en décomposition, et le compost ressemble plutôt à un humus ou à une belle terre saine lorsqu’il est prêt à être épandu.

Comment composter?

Le compostage peut être réaliser avec toutes sortes de déchets organiques, mais il est conseillé de commencer par les déchets uniquement végétaux pour s’entraîner. Les viandes, les produits laitiers et les déjections attendront.

Pour le compost résidentiel de base, il s’agit, pour commencer, de récupérer tous les déchets organiques végétaux  qu’on jetterait normalement à la poubelle. On les emmagasine dans un contenant hermétique, et lorsqu’il est plein, ou une fois par semaine, on les ajoute au tas de compost à l’extérieur, et on retourne le mélange environ une fois aux deux semaines.

compost domestique (c) Geres
Compost domestique en début de processus. Crédit photo (c) Geres

Il faut s’assurer que le composte ait un ratio carbone:azote d’environ 25 : 1. Les matières carbonées sont normalement sèches, et sont fibreuses, comme les tontes de gazon séchées, la paille, les feuilles d’arbres et de plantes sèches, la sciure de bois, les copeaux de bois et autres. Ce sont les matières carbonées qui permettent d’augmenter l’aération du compost. Les fruits, les légumes, et les plantes fraîches, humides et vertes sont plutôt des matières azotées, qui humidifient le compost. Les fruits et les légumes, dont les teneurs azotées sont particulièrement élevées, comportent un ratio carbone:azote allant de 10 : 1 à 30 : 1, tandis que les copeaux de bois ont un ratio carbone:azote avoisinant les 300 : 1, et la paille, 60 : 1 (2).

Selon les matériaux dont on dispose, il faut donc faire des mélanges pour obtenir un ratio carbone:azote avoisinant 25 : 1. Le taux d’humidité doit quant à lui se maintenir autour de 45-60 % en début de compostage. Un manque d’eau ralentira l’activité microbienne et le processus de compostage, et un surplus d’eau réduira la concentration d’oxygène du compost, et ralentira aussi le processus, tout en dégageant des odeurs dérangeantes libérées lors de la décomposition anaérobie. Une toile perméable à l’air mais imperméable à l’eau peut être déposée sur le compost qui tend à être trop humides pour éviter que la pluie humidifie le compost. Le brassage du compost aide à oxygéner le mélange, et à accélérer le compostage (2, 3).

Pour le compostage à la ferme, le principe est semblable, mais à plus grande échelle. On récupère les matières organiques végétales dont on souhaite se débarrasser, et on forme le tas de compost, en s’assurant d’avoir environ quatre parts de matières azotées (fruits, légumes, herbes vertes) pour environ une part de matières carbonées (paille sèche, copeaux de bois, sciure de bois, substrat de rempotage, etc).  Il est plus facile d’avoir un compost en andain et une réserve (tas) de matières carbonées en attente, plutôt qu’une réserve de matières azotées en attente. Les odeurs nauséabondes pouvant se dégager d’un amas de matières azotées (ex : fruits ou légumes) peuvent devenir très gênantes. Il est donc pertinent de prévoir un surplus de matières carbonées, pour éviter que le compost ne comporte trop de matières azotées. Le compost en andain de grande dimension peut être brassé facilement à l’aide d’une pelle mécanique ou d’un retourner d’andain spécialisé. Les dimensions recommandées pour le compostage en andain sont de 2,5 à 3 mètres de large, de 1 à 2 mètres de hauteur, et de la longueur voulue selon la quantité de matières à composter (1). De plus, il est important de savoir que le compost à la ferme ne peut pas dépasser 500 mètres cubes, à moins d’obtenir un certificat d’autorisation. Plusieurs normes doivent aussi être respectées quant à la distance du compost des habitations, des cours d’eau, des fossés agricoles, des milieux humides et des puits. Pour plus d’informations sur le compostage à la ferme au Québec, le Guide sur le recyclage des matières résiduelles fertilisantes peut être téléchargé gratuitement en ligne (3).

Chesapeak bay program
Compostage à la ferme : compost en début de processus à gauche, et en maturation à droite. Crédit photo (c) Chesapeake Bay Program

Les étapes clés du compostage

La première phase du compostage est la phase mésophile qui peut durer de deux jours à une semaine. Durant les premières heures, la température du compost augmente rapidement pour atteindre environ 45 °C. Durant cette phase, les bactéries mésophiles dégradent le carbone et l’azote en produisant des acides organiques, qui entraînent une diminution du pH du mélange (4 – 4,5). C’est l’activité microbienne qui est responsable de la hausse de la température du compost (1).

Lorsque la température du compost dépasse 45 °C, les bactéries mésophiles sont remplacées par des bactéries qui tolèrent les températures élevées : les bactéries thermophiles. C’est à ce moment que débute la seconde phase du compostage, la phase thermophile. Les bactéries thermophiles se chargent de dégrader les composés carbonés complexes comme la lignine et la cellulose.Elles transforment l’azote en ammonium et le pH du mélange augmente. Cette phase peut durer de quelques jours à quelques mois,  en fonction des caractéristiques du mélange, des conditions climatiques et du site de compostage. C’est aussi durant cette phase que la plupart des organismes pathogènes, les graines de mauvaises herbes et les insectes de toutes formes sont détruits : lorsque la température dépasse 55 °C (1).

La troisième phase est celle de refroidissement. Lorsque les sources de carbone et d’azote ont été épuisées, la température redescend près de 40-45 °C. La dégradation de certains composés complexes comme la lignine se poursuit, et des champignons visibles à l’œil nu apparaissent. Lorsque la température avoisine les 40 °C, les organismes mésophiles reprennent leur activité, et le pH diminue, tout en demeurant légèrement alcalin. Cette phase de refroidissement peut durer plusieurs semaines, et peut parfois être confondue avec la phase de maturation (1).

La dernière phase, celle de maturation, peut durer plusieurs mois, et se déroule à la température ambiante. Des réactions de condensation des composés carbonés, et de polymérisation, ont lieu pour former les acides fulviques et humiques. En fin de processus, le mélange a diminué d’environ la moitié de son volume de départ, et son taux d’humidité est inférieur à celui de départ (1).

Utilisation du compost mature

Le compost peut être appliqué lorsqu’il est en fin de période de refroidissement (si le pH est suffisamment redescendu) ou en phase de maturation. Pour s’assurer que la taille des particules du compost est suffisamment fine, on peut tamiser le compost à l’aide d’un grand grillage, avant de l’appliquer. Si l’objectif est d’utiliser le compost en agriculture, on doit faire analyser le compost das un laboratoire d’analyse spécialisé, et appliquer la quantité de compost permise selon le Plan Agro Environnemental de Fertilisation élaboré par un agronome, qui peut facilement atteindre les 7 à 10 tonnes par hectare. En horticulture domestique, on peut appliquer jusqu’à 4 à 5 kilogramme de composte par mètre carré au printemps, avant la plantation. Cela signifie donc qu’avec un petit potager, et quelques plates-bandes, on peut facilement utiliser tout le compost domestique réalisé durant une année (1).

Comment accélérer le processus?

Le compost de base est le plus simple à réaliser. Par contre, pour accélérer le processus, plusieurs techniques existent. On peut par exemple utiliser des accélérateurs de compost vendus en centres jardins, ou injecter de l’air sous pression sous le compost. On peut aussi utiliser l’aide de différents organismes, comme les vers, ou les larves, pour accélérer la dégradation des matières organiques (4). A Québec, on peut se procurer des vers de lombricompost chez Craque-bitume (5). On peut aussi choisir de composter à l’intérieur de la maison ou de bâtiments pour que le processus se poursuivent à longueur d’année plutôt que de cesser les activités durant la période hivernale.

 

Références

  1. FAO 2015 Farmer’s compost handbook. E-ISBN 978-92-5-107845-7 (PDF). Page consultée le 10 mars 2017.
  2. Martin, Hughe (2015) Introduction au compostage agricole. Ontario. Fiche technique ISSN-1198-7138. http://www.omafra.gov.on.ca/french/engineer/facts/05-024.htm#method1 Page consultée le 12 mars 2017.
  3. Hébert, Marc (2015) Guide sur le recyclage des matières résiduelles fertilisantes : Critères de référence et normes réglementaires – Édition 2015. Québec. ISBN- 978-2-550-72954-9, 216 pages. Page consultée le 12 mars 2017. http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/fertilisantes/critere/guide-mrf.pdf
  4. Chaloui, Hala (2015) Vermicompostage (ou lombricompostage) : le traitement des déchets organiques par les vers de terre. Ontario. Fiche technique ISSN-1198-7138. http://www.omafra.gov.on.ca/french/engineer/facts/10-010.htm Page consultée le 12 mars 2017.
  5. Site web de l’organisme Craque-bitume : https://craquebitume.org/categorie-produit/materiel/vermicompostage/. Page consultée le 12 mars 2017.

Photo de couverture, crédit photo (c) USDA.

 

 

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