Cultiver en santé (aussi pour votre jardin!)

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L’utilisation des engrais de synthèse

Bien que très utilisés, les engrais de synthèses sont coûteux, non-renouvelables et sont la source d’une pollution non-négligeable. Il existe des recommandations précises que les producteurs agricoles ou les horticulteurs amateurs  peuvent utiliser pour calculer les doses de fertilisants à appliquer à leurs sols. Ces recommandations tiennent compte de paramètres tels que le type de sol, son pH et la culture visée (1). Par contre, puisque les engrais de synthèse permettent d’améliorer significativement les rendements, on préfère souvent en appliquer plus que moins. Ce qui est appliqué en trop n’est pas prélevé par les plantes, donc n’améliore leur rendement, mais est plutôt dispersé dans l’environnement.

Parmi les engrais les plus utilisés (azote – phosphore – potassium), les engrais azotés sont très volatiles et nécessitent des actions concrètes pour éviter leur dispersion dans l’atmosphère et l’eau, et éviter que le cycle de l’azote ne soit perturbé (2). Parmi ces actions, on retrouve le fractionnement des applications d’engrais, l’application stricte des doses recommandées et l’application en conditions météorologiques favorables (sans vent ni forte chaleur). Les engrais phosphatés sont lessivables et se retrouvent la plupart du temps sous forme non-assimilable par les plantes en raison du pH du sol. Ensemble, l’azote, le phosphore et le potassium sont responsables  de l’eutrophisation des cours d’eau (3).  Évidemment, pour éviter la pollution causée par les engrais de synthèse, la solution la plus simple serait d’en diminuer l’utilisation, ou de la cesser complètement.

L’utilisation des pesticides (produits phytosanitaires)

Un autre problème qui peut causer bien des maux de tête aux agriculteurs et jardiniers est la présence d’organismes nuisibles qui s’attaquent aux cultures. Les insectes ou micro-organismes pathogènes, les virus, les champignons pathogènes ou les moisissures ne sont pas rares. Pour y remédier, il existe sur le marché une panoplie de produits pouvant tuer ou nuire à ces organismes. Par contre, comme on peut s’en douter, puisqu’ils éliminent des organismes vivants, ils peuvent aussi avoir des effets négatifs sur d’autres organismes vivants que ceux visés précisément. Ainsi, en attaquant des organismes nuisibles (par exemple la pyrale du choux) avec un pesticide, on peut aussi avoir des effets négatifs sur de nombreux autres êtres vivants (ex : insectes et oiseaux) pouvant être bénéfiques pour nos cultures, incluant ceux qui s’attaquent naturellement aux pathogènes et qui pourraient nous en débarrasser à long terme.

Bannir les engrais de synthèse et les pesticides chimiques?

Pour certains agriculteurs, l’agriculture sans engrais de synthèse ou pesticides appartient à la Science-Fiction. Pourtant, plusieurs solutions existent pour éviter d’y avoir recours.

1ère étape : Améliorer la santé des sols

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Tout d’abord, les sols sont constitués de composantes chimiques (éléments nutritifs et minéraux, pH), physiques (formation d’agrégats, type et texture du sol) et biologiques (micro-organismes).  Lorsqu’un sol est en santé, il peut réaliser ses fonctions principales : la régulation de l’eau, soutenir la croissance des plantes et des animaux, filtrer les polluants potentiels, recycler les éléments nutritifs, et pour finir, supporter la vie humaine (4,5). En s’assurant de la santé de nos sols, on leur permet de réaliser leurs fonctions et donc de permettre l’agriculture et assurer la sécurité alimentaire.

2ème étape : diversification des cultures et  planification réfléchie du paysage agricole

Un sol en santé est donc pratiquement autosuffisant en termes d’éléments nutritifs si la quantité et la diversité de plantes qu’il soutient est adaptée à la capacité du sol. De plus il permet la croissance des organismes vivants, ce qui inclue les organismes bénéfiques pour les plantes. Par contre, lorsqu’on désire produire en grande quantité des plantes exigeantes en éléments nutritifs, et en monoculture de surcroît, les choses se compliquent. Il est nécessaire d’apporter un supplément d’éléments nutritifs car les matières organiques qui retournent dans le sol ne sont pas suffisantes, et on peut rencontrer des problèmes de ravageurs. Si on veut contourner les carences nutritives et les invasions d’organismes pathogènes, il faut envisager l’abandon de la monoculture pour des cultures plus diversifiées. De plus, on doit impérativement réfléchir à la rotation des cultures pour que des plantes exigeantes en éléments nutritifs ou attirantes pour certains ravageurs ne se retrouvent pas dans les mêmes champs années après années. Pourquoi ne pas varier les plantes en culture et aménager le paysage agricole en fonction de ses caractéristiques permanentes, comme les sites d’accumulation d’eau, l’ensoleillement des différentes portions du paysage, les types de sols qu’on y retrouve, les organismes nuisibles les plus fréquemment rencontrés ou la présence de cours d’eaux. Cela permet de choisir les cultures en fonction de leurs atouts face aux différents aspects de notre paysage (6,7).

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Paysage agricole multifonctionnel. Crédit photo Larsen 2013.

Pour déterminer quelles cultures sont les mieux appropriées aux différents portions d’un paysage agricole, on peut étudier soi-même en profondeur le site qu’on possède pour déterminer où sont les zones sensibles, les zones à améliorer ou les zones pouvant accueillir une diversité de cultures, ou on peut faire appel aux conseillers agricoles de sa région (http://www.gcaq.ca/).

3ème étape : la fertilisation biologique et l’utilisation des mycorhizes

Dans les cas où l’apport d’une fertilisation biologique est nécessaire, on peut appliquer des fumier ou lisiers de bétail élevé en régie biologique. Leurs avantages ne sont plus à démontrer étant donné leur disponibilité en milieu agricole, leur richesse en éléments nutritifs et leur prix faibles, mais aussi parce qu’ils permettent de valoriser les déjections animales qui seraient autrement considérées comme des déchets. D’autres fertilisants biologiques, par exemple à base d’algues ou de compost destinés aux horticulteurs amateurs, existent et sont relativement efficaces quoi que souvent plus chers.

D’un autre côté, on oublie souvent que les sols en santé contiennent des ressources impressionnantes d’éléments nutritifs, mais que les plantes ont parfois de la difficulté à aller chercher ceux qui se situent sous les 15 cm supérieurs du sol où règnent les racines. C’est exactement le même problème avec l’eau, qui est présente plus en profondeur, mais absente à la surface puisque la compétition entre les plantes pour l’absorber est trop importante, et que l’évaporation est plus présente vue l’impact de la chaleur du soleil sur la surface du sol. Dans ces situations, ou l’accès aux éléments nutritifs et à l’eau est difficile, les mycorhizes sont la solution (8).

20429578995_9c67b4bd84.jpgLes mycorhizes sont une association entre les hyphes d’un champignon et les racines d’une plante. Les hyphes de champignons forment des réseaux très étendus dans le sol, qui permettent d’aller puiser les éléments nutritifs et l’eau dans un très grand volume de sol comparativement à celui que peuvent prospecter les racines des plantes seules. De plus, ils permettent aux plantes de s’adapter plus facilement aux stress environnementaux et de mieux résister aux organismes pathogènes. En échange, les champignons puisent les sucres de la plante, lors de leur retour des feuilles vers les racines. Puisqu’il existe une grande diversité de plantes pour s’associer avec des champignons, il existe aussi une grande diversité de champignons pouvant former des mycorhizes. On reconnaît quatre principaux types de mycorhizes : les mycorhizes arbusculaires qui impliquent la plus grande proportion de plantes terrestres, les ectomycorhizes qui impliquent surtout les plantes ligneuses, les mycorhizes éricoïdes et les mycorhizes des orchidées.

En inoculant le bon type de champignons pour initier l’association mycorhizienne avec les plantes désirées, on peut donc profiter de cette symbiose, et permettre aux plantes de profiter d’un apport important en éléments nutritifs, eau, en régulation des activités hormonales (par exemple, l’auxine permet la ramification des racines chez les pins, ce qui augmente la surface racinaire et donc l’absorption d’éléments nutritifs et d’eau, et les transferts de sucre vers les racines), une plus grande propension pour le sol mycorhizé à former des agrégats (grâce à la glomaline sécrétée par le réseau de mycélium, et grâce à la structure fournie par ce même réseau d’enchevêtrements d’hyphes soutenant le sol) garants d’une bonne texture de sol peu sujette à l’érosion, d’une protection contre les organismes pathogènes et d’une résistance aux stress environnementaux. Il vaudrait donc la peine de leur donner la place qu’ils méritent ent tant qu’alliés importants dans le domaine de l’agriculture et de l’horticulture, et de tout mettre en place pour favoriser leur prolifération (8).

Pour plus d’informations au sujet des mycorhizes, je vous invite à lire cet article : Les mycorhizes: une symbiose plante-champignon gagnante surtout pour nous.

 

Par Catherine Emond

 

Références

  • Karlen, D.L., Mausbach, M.J., Doran, J.W., Cline, R.G., Harris, R.F., Schuman, G.E. (1997) Soil quality : A concept, definition, and framework for evaluation. Soil Science Society of America Journal. 61 : 4-10.
  • Jarchow, M.E. Incorporating prairies into multifunctional landscapes. Establishing and managing prairies for enhances environmental quality, livestock grazing and hay production, bioenergy production, and carbon sequestration. 2011. Iowa State University extension and outreach. PMR 1007. 26 pp.
  • Laursen, B.K. 2013 Sustaining multifunctional landscapes through expertise networks : A case study from southwest Wisconsin, USA. Master thesis. University of Wisonsin-Madison. 144 pp.
  • Fortin, J.A., Plenchette, C., Piché, Y. Mycorhizes La nouvelle révolution verte (2008) Éditions multimondes. 131 pp.

 

Crédit photo entête Leeroy

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