Entomophagie : la prochaine tendance culinaire?

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photo @ Flavio Ensiki Flickr

Nous devrons trouver de nouvelles solutions pour réussir à nourrir les neuf milliards d’humains qui peupleront la planète d’ici 2050, et l’entomophagie pourrait être la solution. C’est ce que conclue la FAO dans son rapport de 2013 (Edible insects – Future prospects for food and feed security ). Et avec raison, car l’entomophagie, ou la consommation d’insectes, comporte de nombreux avantages pour l’Homme et les animaux1.

Tout d’abord, les insectes sont très nutritifs. Ils sont sains, riches en protéines, en bons gras et en acides aminés essentiels, et comportent de fortes teneurs en calcium, fer et zinc2. De plus, les insectes sont très rarement vecteurs de zoonoses car étant plus éloignés génétiquement des humains, très peu de maladies sont adaptées pour s’attaquer à la fois aux insectes et aux humains1. Si on regarde plus précisément du côté des animaux d’élevage, de nombreuses études rapportent que les insectes peuvent faire partie de leur régime alimentaire de manière sécuritaire, sans altérer ou même en améliorant leurs performances de croissance1, 3-8. Plusieurs animaux d’élevage sont naturellement entomophages comme le porc, les volailles et les poissons, mais sont pourtant nourris à partir de moulées végétariennes. Les poissons d’élevage sont même nourris à partir de farine de poissons. De plus, la chitine, constituant de l’exosquelette des insectes, a des effets positifs en faible dose sur le fonctionnement du système digestif des animaux9.

D’un point de vue environnemental, les insectes produisent très peu de gaz à effet de serres comparativement aux animaux10. Et puisque ce sont des organismes à sang froid, ils convertissent très efficacement leurs aliments en protéines. Par exemple, les grillons nécessitent 12 fois moins d’aliments que les bovins, quatre fois moins que les ovins et deux fois moins que les porcs et les poulets de chair pour produire la même quantité de protéines1.

Pour ce qui est de l’aspect technique, l’élevage d’insectes se fait très facilement, pratiquement sans coûts ni énergie, et nécessite très peu d’espace. Je l’ai moi-même expérimenté sans aucune difficulté (et sans lui consacrer beaucoup de temps) à l’été 2014 sur mon balcon, avec mon compost domestique comme source alimentaire. La principale contrainte est de s’assurer que la température demeure clémente (supérieure à 15 °C pour une activité minimale, et 30 °C pour une production maximale). De plus, les insectes ont besoin de très peu d’eau, et peuvent être alimentés à partir de matières organiques diverses, ce qui permet de valoriser des matières qui se retrouveraient en sites d’enfouissement autrement11, 12. Tout le monde peut donc élever des insectes à la maison sans infrastructures spécialisées. A ce sujet, voir la Fiche d’élevage de la mouche soldat noire.

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Hermetia illucens, photo @ gailhampshire Flickr

Par exemple, l’élevage de mouches soldat noires (Hermetia illucens), espèce très réputée pour son taux de protéines élevé9, 13, nécessite seulement une source de matière organique dont les larves pourront se nourrir et suffisamment d’espace pour leur permettre de voler (environ deux mètres carrés)13. Concernant leur manutention, les insectes peuvent être offerts frais, mais peuvent être séchés et réduits en farine pour être vendus sans rebuter les consommateurs et pour composer des diètes animales plus élaborées en milieu industriel.

Concernant les espèces d’insectes que vous pouvez élever à la maison, le choix est grand. Selon la FAO, il existe près de 2000 espèces d’insectes comestibles. Mais pour commencer, vous pouvez vous inspirer des fiches d’élevage de l’Insectarium de Montréal pour le ténébrion meunier et le grillon domestique. Concernant la mouche soldat noire, je fournirai une fiche d’élevage détaillée sous peu.

La prochaine étape sera donc de commencer à intégrer les insectes à vos recettes préférées…

Références

(1) FAO, Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2013) Insectes comestibles, perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale. http://www.fao.org/3/a-i3253f.pdf) E-ISBN 978-92-5-207596-7

(2) Hirano, S., Itakura, C. Seino, H., Akiyama, Y., Nonaka, I., Kanbara, N., Kawakami, T. (1990) Chitosan as an ingredient for domestic animal feeds. Journal of Agriculture Chemical, 38: 1214-1217.

(3) Hale, O.M. (1973) Dried Hermetia illucens larvae (Diptera: Stratiomyidae) as a feed additive for poultry. Journal of Georgia Entomological Society, 8: 16-20.

(4) Newton, G.L., Booram, C.V., Barker, R.W., Hale, O.M. (1977) Dried Hermetia illucens larvae meal as a supplement for swine. Journal of animal science, 44: 395-400.

(5) Bondari, K., Sheppard, D.C. (1987) Soldier fly, Hermetia illucens L., larvae as feed for channel catfish, Ictalurus punctatus (Rafinesque), and blue tilapia, Oreochromis aureus (Steindachner). Aqua. Fish. Manag., 18: 209-220.

(6) St-Hilaire, S., Sheppard, C., Tomberlin, J.K., Irving, S., Newton, L., McGuire, M.A., Mosley, E.E. (2007) Fly prepupae as a feedstuff for rainbow trout, Oncorhynchus mykiss. Journal of theWorld Aquaculture Society. 38(1): 59-67.

(7) Hwangbo, J., Hong, E.C., Jang, A., Kang, H.K., Oh, J.S., Kim, B.W., Park, B.S. (2009) Utilization of house fly-maggots, a feed supplement in the production of broilers chickens. Journal of Environmental Biology, 30(4): 609-614.

(8) Téguia, A., Mpoame, M., Okourou Mba, J.A. (2002) The production performance of broiler birds as affected by the replacement of fish meal by maggot meal in the starter and finisher diets. Tropicultura, 20(4): 187-192.

(9) Newton, L., Sheppard, C., Watson, D.E., Burtle, G., Dove, R. (2005) Using the black soldier fly, Hermetia illucens, as a value-added tool for the management of swine manure. Report for Mike Williams, Director of the animal and poultry waste management center, North Carolina State University, Raleigh, NC.

(10) FAO, Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2014) Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage http://www.fao.org/3/a-i3437f.pdf) E-ISBN978-92-5-207921-7.

(11) Gouvernement du Québec (2011) Politique québécoise de gestion des matières résiduelles. Ministère du Développement Durable, de l’Environnement, et des Parcs (http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=3&file=/Q_2/Q2R35_1.HTM).

(12) Diener, S., Zurbrügg, C., Gutiérrez, F.R., Nguyen, D.H., Morel, A., Koottatep, T., Tockner, K. (2011) Black soldier fly larvae for organic waste treatment  – Prospects and constraints. In Proceesings of the WasteSafe  – 2nd International Conference on Solid Waste       Management in the Developing Coutries. Khulna, Bangladesh.

(13) Sheppard, D.C., Tomberlin, J.K., Joyce, J.A., Kiser, B.C., Sumner, S.M. (2002) Rearing methods for the black soldier fly (Diptera: Stratiomyidae). Journal of Medical Entomology, 39(4):695-698.

Par Catherine

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